Le lierre


Avant j’avais toujours des lierres et y penser fait remonter le souvenir de çette histoire vraie et dont le lierre est le personnage principal.  
Jusqu’à il y a quelques années j’avais sur la palier côté cuisine, où il faut si bon en été, une vrai clinique pour les plantes mal en point, un véritable jardin. Rosiers, vivaces… et des lierres. Qui avaient si bien grandi que, suspendus dans les rambardes du côté gauche, mesuraient presque 1 mètre et je devais même les tailler. Une vrai haie de lierres sur plusieurs mètres.Cet été là je suis tombée chez moi en trébuchant sur un câble d’ordinateur qui trainait par terre. Bras cassé et épaule gauche enfoncée. Pas de plâtre et interdiction de sortir dehors sans une personne qui fasse paravent de mon côté gauche, que personne ne me bouscule au risque de provoquer des douleurs intenses. Bref. C’était donc l’été, la famille était probablement partie en vacances, dans l’immeuble pas grand monde parmi les voisins… Difficile de mettre au point une solution pour faire les courses. Les livraisons à domicile n’étaient pas répandues comme aujourd’hui, en tout cas je n’en connaissais pas ou je n’y ai pas pensé. En revanche j’ai pensé que ma sœur, qui n’était pas en vacances et habitait à une dizaine de kilomètres, avec voiture, serait en mesure de m’aider à faire les courses pour tenir quelque temps. A ce stade de l’histoire, vous allez penser que la sœur va se proposer pour aller faire les courses toute seule, et moi je reste à la maison avec mon bras cassé. Normalement, et je viens d’y penser, c’est ce qui aurait dû être mis sur pied. Mais ce n’est pas du tout comme cela que ça s’est passé. Du tout.En fait elle a bien accepté de m’aider. Mais elle a bien précisé que son aide consisterait à m’accompagner dans les deux endroits où il fallait aller, aller et retour à pied et puis basta.Par le plus grand des hasards avant qu’on quitte la maison je l’ai invitée à prendre un café dans mon jardin aux lierres. Qu’elle a eu tout le loisir d’admirer ; elle les avait déjà vus mais moins grands. Pas un mot au sujet de ces lierres qui poussaient de si belle façon chez moi. Cela aurait dû m’alerter. Bref. Nous voilà dans la rue. Au tiers du chemin  elle commence à me dire d’une voix mielleuse qu’elle est en train de retaper un de ses studios, qu’elle cherche à valoriser pour le louer. On continue à avancer, elle est de plus en plus portée sur mes lierres et me demande si je peux les lui prêter pour que ça enjolive la façade de son immeuble. Je lui explique que c’est très volumineux et difficile à transporter. Je lui demande qu’elle est l’orientation de son immeuble Elle-même me répond sud. On continue à marcher. On fait les courses.Elle veut savoir pour les lierres.Je lui dis que mes lierres exposés au sud au soleil et à la chaleur ne tiendront pas plus d’une semaine. Le tour des courses est presque terminé. On sort de Picard. Elle veut savoir ce que je décide pour les lierres.Je lui dis que ce n’est pas une bonne idée de les exposer plein sud, et que mes lierres resteront où ils sont.Qu’est-ce que je peux ajouter ? La fin de l’histoire…La fin de l’histoire c’est que vous pouvez me croire que pousser un caddy plein et lourd, monter et descendre les trottoirs, amortir tous les petits cahots du chemin jusqu’à chez moi, fait un mal de tous les diables avec l’humérus cassé et la coiffe des rotateurs façon steak haché (mon bras était de couleur presque noire jusqu’au poignet) Ça a été une épreuve très pénible. Encore aujourd’hui je me demande ce qui m’a pris de lui demander un service. J’ai compris récemment qu’elle avait patiemment tout calculé pour pouvoir me laisser au milieu de la rue avec les courses et le bras cassé. Elle savait que j’avais de beaux lierres, qu’elle convoitait. Elle savait aussi que je refuserais de les prêter. Elle savait que je serais dans la mouise sur le chemin de la maison avec les courses sur les bras, (façon de dire). 

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