Trompe l’œil
- Tout est mélangé...
- Chouette petit catalogue ! C’est quoi ? Des trompe-l’œil ?
- Oui. C’est le catalogue de l’exposition de JP Malardot au musée de la Toile de Jouy il y a quelques années. Tu veux que je raconte la virée à Jouy en Josas ?
- Je sens qu’il y a de l’ingrat dans l’air, tu as le chic pour les attirer !
- Comme tu le sais j’aime beaucoup les tissus anciens et un peintre qui prend des piles de tissus comme modèles pour faire des aquarelles d’un grand pouvoir évocateur, a tout pour me faire faire le chemin jusqu’à Jouy en Josas. D’autant plus que j’adore conduire et que, ça tombe bien, j’ai une voiture. Et encore mieux, cerise sur le gâteau, j’adore conduire seule ! Alors qu’est-ce qui m’a pris d’inviter madame Nombril à partager cette promenade avec moi ? Va savoir... Peut-être parce que plus personne ne l’a invité à quoi que ce soit depuis plusieurs décennies ? A part faire les courses et la bouffe ? Bref, voilà mon invitation lancée et acceptée pour voir l’expo de Malardot ! Hardi petit ! Joli trajet, il fait beau.
- Jusque là tout est impeccable !
- Attends ! Ça ne va pas durer. faut savoir qu’avec le Nombril tout tourne autour de sa personne et bien sûr, sur place, le Nombril fait ce qu’il fait le mieux et le plus souvent, il aspire la totalité du Temps et de l’Espace. Un vrai trou noir.
-C’est à dire ?
- C’est à dire qu’elle a disparu dans les tréfonds du musée, renifle pendant 20 minutes le moindre bouton de porte, regarde d’un air suspicieux chaque lame de parquet, chaque vitrine est l’objet de remarques désobligeantes, elle sait tout mieux que tous les conservateurs de musées, quel que soit le genre de musée... Bref je traine pendant des heures derrière elle pour ausculter et regarder à la loupe le moindre bidule accroché au mur ! Je crois qu’elle a même émis des réserves sur les clous d’accrochage de certains petits tableaux !!!
- Super ! En effet tu sais les dégotter ! Alors ? La suite ?
- Le temps passe, les heures filent... Je lui fais comprendre que j’aimerais beaucoup voir l’expo temporaire de Malardot... Avant la fermeture du musée... Pour ça que j’étais venue quand même... Avec difficulté je réussis à la décoller et nous nous dirigeons enfin vers le coin du musée où se trouvaient les aquarelles trompe-l’œil.
- tu vois tu y arrives parfois !
- Que penses-tu qu’il arrivât ?
- Alors là vraiment... je m’y perds...
- Aussitôt arrivées devant la salle d’exposition Malardot, elle fait une mine de dégoût, comme si je lui faisais boire du vinaigre avarié, me tourne le dos ostensiblement et a file vers la sortie et la boutique du musée. D’un air courroucé, comme la reine mère à qui on a tripoté le popotin ! Bref elle m’a plaquée là, en me faisant ainsi savoir que mes goûts esthétiques je pouvais les mettre quelque part et que mon but de la visite n’avait pas plus d’importance à ses yeux qu’une diarrhée de ses enfants, qu’elle aime beaucoup décrire... la diarrhée je veux dire.
- J’imagine la scène. Elle a donc profité de ta gentillesse et de ta voiture pour te faire comprendre que tu as des goûts de petite merde et qu’elle est bien au-dessus. C’est ça ?
- Tu as tout compris.
- C’est quand le prochain épisode ?
- Ils se pressent au portillon...
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