Figueira da Foz

- Chère amie, vous me parlez souvent de cette ville... Vous y avez habité ?
- Non, j’y passais ou j’y allais en voiture avec mes parents. Je me souviens des séchoirs de morues, mais c'était peut-être du côté de Buarcos.
- Séchoirs à morues ?
- Oui. De grands espaces, (grands c’est une façon de dire) couverts de clayettes en bois, sur lesquelles séchaient les poissons ouverts au milieu et mis à plat. L’air iodé de la mer toute proche et le soleil faisaient tout le travail.
- C’est tout ce qu’il y avait dans cet endroit ? C’est pas très sexy, la morue séchée.
- Il y a une grande plage, en arc de cercle, tout le monde peut chercher des photos et voir comme c’est beau ; j’ai dû y aller étant gamine, pas souvent parce qu’on était gâtés question plages là où on habitait. 
- Et ces quelques heures de plage... 
- j’oubliais... on a dû aussi rendre visite de temps en temps à des amis de la famille, mais j’ai oublié leurs noms.
- L’hiver devait être tristounet au bord de la mer.
- Oui tout était fermé, sauf quelques commerces et des petits cafés pas folichons...
- Vous m’en parlez depuis des années. Il y autre chose pour que vous rameniez ce nom de ville si souvent dans nos conversations. 
- Je devais avoir 7-8 ans. Un dimanche forcément. 
En ce temps-là, dans ce pays, tout le monde travaillait tous les jours de la semaine, la vie était difficile, pas de sorties le samedi. Donc le dimanche était la journée des sorties en famille, avec des amis. 
Combien de familles se sont groupées pour cette promenade à Figueira da Foz dont je me souviens comme si c’était hier ? 3 ou 4 je dirais, d’après les images qui sont restées gravées dans mon souvenir. 3 ou 4 voitures, il y avait les maris, les femmes et les enfants. 
- Il y avait au bout de la baie et sur les hauteurs, un endroit boisé. Serra Da Boa Viajem. Eucalyptus, acacias, arbouses... Nous les enfants aimions y aller, c’était l’endroit de rêve pour les picnics et les siestes lorsqu’il faisait très chaud. J’y suis retournée il y a quelques années. 
- Vous n’arrêtez pas de changer de conversation !
- J’aimerais vous faire sentir l’odeur des eucalyptus chauffés par le soleil. 
- C’est l’odeur des eucalyptus qui vous a marquée à ce point-là ?
- on ne peut pas l’oublier...
- Je sais que vous l’aimez, il y a souvent des branches d’eucalyptus chez vous.
- Mais ce dimanche-là nous ne sommes pas allés Serra da Boa Viajem, il faisait gris, il n’y avait personne sur la plage, ni dans les rues d’ailleurs. C’était l’automne ou l’hiver, les deux saisons se rassemblent beaucoup. Mettons l’automne. Une ville balnéaire hors saison.
- Si vous n’êtes allés sur la Serra, parce que la météo ne le permettait pas, vous êtes allés où ? Puisque tout ou presque est fermé...
- Déjà, ma jolie, sachez qu’en ce temps là il n’y avait pas de météo ! Il y avait le temps qu’il fait et tout le monde était content !
-Vous étiez combien d’enfants dans votre voiture ?
- Vous m’y faites penser... j’ai dit une bêtise au sujet de mon âge. Si j’avais 8 ans, alors mon frère bébé de quelques mois serait avec nous. Or il n’était pas avec nous. Je devais avoir donc 7 ans à tout casser.
- Vous étiez quel genre d’enfant ?
- Petite, menue, bronzée toute l’année, silencieuse, presque muette, je passais inaperçue. Je me faufilais dans les groupes d’adultes et écoutais ce qu’ils se racontaient entre eux. Ils ne me voyaient pas, ne  réalisaient pas que j’enregistrais ce qu’ils disaient, souvent sans comprendre le sens du propos. J’étais comme un petit magnétophone avec des cheveux et habillé de jolies robes ! 
- Vous êtes rigolote !
- C’est pas le mot qui vient le plus spontanément à mon sujet... Passons...
Beaucoup de ce que j’ai entendu dans mon enfance, je l’ai compris bien plus tard, en raccrochant les wagons les uns aux autres. 
Encore aujourd’hui, je me souviens que la postière du patelin m’a dit un jour quelque chose de très vrai, mais je n’arrive pas à me souvenir exactement de ce qu’elle a dit. C’était un mélange de constat, promesse, menace, ça concernait ma famille.
- C'était quand ça ?
- Plus tard, 17-18 ans, plutôt 18. Je vous raconterai. 
- Je vois ça d’ici, un article « La postière ». 
- On est au début de « Figueira da Foz » !
- Combien d’articles sur ce sujet ?
- Pas beaucoup, mais intéressants. Pour moi et j’espère pour vous aussi qui notez mes souvenirs. 
- Je suis là pour ça.

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